Mercredi 19 décembre 2007
Nous avons été contactés par une école primaire suite aux comportements difficiles de quatre élèves de CM2. En effet, ces derniers avaient terrorisé les
élèves de leur classe et les avaient menacés de représailles violentes, s’ils manifestaient le moindre intérêt en cours.
La maîtresse d’école fut surprise par la passivité de sa classe de CM2. Les sujets abordés, que ce soient des activités généralement appréciés comme la
lecture de contes ou l’aquariophilie, ou encore le projet de partir en « classe de neige », ne suscitaient aucune réaction. Un silence de plomb accompagnait chaque proposition ou
interrogation.
Profitant du climat qu’ils avaient instauré, ces quatre élèves sont allés plus loin et ont commencé à prendre les goûters des élèves, à passer devant eux à
la cantine, à se servir sur les plateaux de leurs camarades.
Inquiète de voir que ce climat perdurait, la maîtresse d’école a mené une enquête discrète et découvrant le fin mot de l’affaire s’en est ouverte à la
directrice.
Un conseil de discipline a permis de sanctionner les élèves qui menaçaient la bonne marche de la classe.
Le plus attristant à constater est que quatre élèves avaient réussi à paralyser une classe entière, qui n’a pas su se défendre malgré les possibilités qui
s’offraient à elle. La confiance dans la sécurité que peut prodiguer l’école était rompue. Pourquoi les élèves de cette classe n’a pas su comment réagir ? Peut-être leur manquait-il tout
simplement les outils pour comprendre la gravité des actes de ces élèves difficiles et les moyens de les mettre en œuvre.
L’AJBF est venu apporter aux élèves de la classe de CM2 la compréhension de ces évènements et l’intervention, jugée efficace, a été étendue à l’ensemble de
l’école. L’AJBF a envoyé trois intervenants, juristes de formation, pour agir et faire réagir dans les seize classes de l’école primaire (du CP au CM2, sans oublier la classe CLIN).
Voici quelques exemples de questions et de réponses données par les élèves, toutes classes confondues :
PAROLES D’ENFANTS
Dialogue entre un intervenant et les enfants
- « Qu’est-ce qu’un avocat ? »
« Un monsieur qui aide les gens, et parfois qui les soigne. »
« Une madame qui aide les parents à divorcer, pour que les disputes s’arrêtent. »
« Le président de la République »
« Pour défendre les gens dans un tribunal »
- « Bonne réponse et qu’est-ce que c’est qu’un tribunal ? »
« Un château ! Un palais !»
« Une grande salle où il y a un juge et un jury ! »
- « Il n’y a pas toujours un jury. Et que fait le juge dans un
tribunal ? »
« Il envoie les méchants en prison. »
« Il écoute le jury. »
« Il décide pour mettre fin aux disputes. »
- « Comment le juge fait-il pour décider ? »
« Avec des témoins. »
« Grâce à des preuves. »
- « Oui et aussi, il se fonde sur la Loi, vous connaissez ce mot ? »
« Oui »
- « Et c’est quoi ? »
Silence…
- « Est-ce qu’à l’école, vous avez des règles ? Des choses que vous n’avez pas le droit de
faire ? »
« On n’a pas le droit de manger en classe. »
« De copier sur son voisin. »
« De courir dans les couloirs. »
« De taper les gens. »
« De racketter. »
« D’insulter. »
« De cracher. »
« De se balancer sur sa chaise. »
« De voler. »
« De parler sans lever le doigt. »
- « Et dans la vie de tous les jours, à la maison ou dans la rue, est-ce que l’on peut taper les
gens ? »
« Non »
« Effectivement, c’est interdit à l’école comme ailleurs. La Loi l’interdit. La Loi, c’est l’ensemble des règles que tout le monde doit
respecter, les enfants comme les adultes, à l’école, à la maison ou à l’extérieur. »
- « Racketter ? »
« Non »
- « Se balancer sur sa chaise à la maison ? »
« Oui »
« Sauf si maman l’interdit »
- « Cracher » ?
« Oui »
« Non »
- « Est-ce que si je crache sur quelqu’un j’ai le droit ? »
« Non »
« C’est considéré comme une violence légère et l’on peut avoir une grosse amende. »
- « Insulter » ?
« Non »
- « Voler » ?
« Non »
- « C’est quoi la différence entre voler et racketter ? »
« Voler, on prend à quelqu’un quand il ne le voit pas et racketter, on le tape pour lui prendre son goûter. »
« Voler, on va dans le magasin et on met dans sa poche en cachette. Racketter, on te pousse et on doit donner le goûter sinon il va nous
taper. »
- « Est-ce que l’on tape toujours quelqu’un quand on veut
racketter ? »
« Non, on lui dit plutôt qu’on va le faire. »
« Oui, mais si on donne pas, il va nous taper ».
« Il n’y a pas toujours de violences. Le racketteur joue sur la peur, par la menace de vous taper. C’est normal d’avoir peur. Dans le vol.
Il n’y a pas de menaces. Soit on prend en cachette soit on arrache avec violence, un sac à main, par exemple mais on ne menace pas. Dans le racket, on veut faire
peur. »
- « C’est quoi le plus grave ? »
« Le vol »
« Le racket »
« C’est bien le racket car c’est du vol mais en plus il y a des menaces. Le vol est puni de trois ans de prison et 45 000 euros
d’amende. Le racket est puni de sept ans de prison et 100 000 euros d’amende. »
- « Est-ce que vous avez déjà été racketté ou témoin d’un racket ?»
« A la récréation, un élève m’a demandé de lui donner son goûter. J’ai dit non. Il a encore demandé. Je lui ai dit non, que c’était à moi. Il
m’a dit que je devais lui donner sinon il allait me taper. »
« A la sortie de l’école, il y a des 6ème du collège d’à côté qui nous prennent nos goûters. »
« Une fois, j’étais avec mon petit frère et des grands sont venus nous embêter. Ils voulaient les gants de mon petit frère. On leur en a donné
un et on s’est enfui dans l’usine à côté où il y avait plein de monde. Ils n’ont pas pu nous suivre. »
On est souvent étonné du nombre d’élèves qui lèvent la main. Beaucoup ont « perdu », au profit d’un élève plus fort ou plus agressif,
leur goûter. Ça paraît minime, mais, en soi, cet acte s’apparente à du racket. Et qui commence par un goûter…peut parfois aller bien plus loin. Il faut pouvoir prendre des mesures, le plus tôt
possible.
- « Et vous avez fait quoi ? »
« Je lui ai donné et je suis allée le dire à la maîtresse. »
« Je l’ai dit à mes parents et ils m’ont dit que s’il recommençait, ils iraient voir sa maîtresse. »
« Je me suis enfui. Ils ne m’ont pas retrouvé mais je ne l’ai dit à personne. »
- « Qu’est-ce qu’il faut faire donc en cas de racket ? »
« Il faut les taper pour empêcher qu’ils prennent nos affaires. »
« Il faut le dire à la maîtresse. »
« On peut le dire aussi à nos parents. »
« Moi, j’ai même pas peur. Je ne lui donnerais pas. »
« La première chose à faire, c’est de dire NON car la personne en face doit comprendre que vous n’êtes pas d’accord. Si elle insiste, il
vaut mieux lui donner l’objet qu’elle vous réclame, même si c’est un baladeur MP3 ou quelque chose qui vous plaît. Le plus important, c’est votre santé, que vous ne soyez pas blessés et que vous
ne blessiez personne. Si vous tapez en premier, vous avez aussi commis une infraction (ça veut dire une bêtise) et vous risquez d’être punis. Une fois que vous avez donné l’objet à la personne,
il faut aller le dire à un adulte. Si c’est à l’école, à la maîtresse. Si c’est dans la rue, à vos parents. C’est eux qui vous aideront pour que les racketteurs ne recommencent pas et arrêtent de
vous embêter. Vos parents pourront porter plainte pour vous et le racketteur sera puni. »
- « Est-ce qu’un enfant qui rackette peut aller en prison ? »
« Non, parce qu’il est trop petit. »
« Non, ce sont les parents qui y vont à sa place. »
« Il va en garde à vue. »
« Oui, mais à partir de 16 ans.
« Les parents ne vont jamais en prison à la place des enfants. Chacun enfant comme chaque adulte est responsable de ses propres bêtises.
Un enfant peut aller en prison à partir de 10 ans en France. En général, cela n’arrive jamais. Le juge des enfants préfère prendre d’autres punitions. La garde à vue, ce n’est pas la prison.
Si, par exemple, une voiture de police arrive et voit trois enfants en train de racketter un plus petit, ils vont venir les arrêter car ils les auront vu. C’est le flagrant délit Imaginons
que deux enfants s’échappent et qu’ils n’en attrapent qu’un seul, celui-ci va être emmené au commissariat pour être interrogé. Ils peuvent l’interroger. S’il a moins de 13 ans, il sera en
retenue. Cela veut dire que les policiers peuvent le garder pendant 10 heures, voire encore 10 heures pour que l’enfant leur donne le nom de ses complices, par exemple. A partir de 13 ans, on
appelle cela une garde à vue et cela dure 24 heure, voire deux fois 24 heures. »
- « Que peut décider le juge comme punition?»
« La prison s’il a plus de 10 ans, même si c’est rare. »
« D’être puni de récréation ? »
« On peut nous mettre dans un foyer. »
« Le juge peut prendre des mesures éducatives. Il peut, par exemple, interdire à l’enfant qui a commis une infraction, de fréquenter
certains copains. Il n’aura plus le droit de les voir. Il peut aussi lui interdire d’aller dans certains endroits comme un parc ou une salle de jeux vidéos. Il peut prendre des mesures plus dures
s’il voit que cela ne marche pas et que les parents n’arrivent pas à se faire obéir. Il peut décider de retirer l’enfant à ses parents pour le mettre dans une famille d’accueil ou dans un
foyer. »
- « Avez-vous d’autres questions ? » (Extraits choisis)
« La retenue ou la garde à vue s’arrête quand les parents viennent nous chercher ? »
« Non, c’est le juge qui décidera de la fin de la garde à vue ou de la retenue ou lorsque le temps maximum qui nous oblige à rester est
écoulé. »
« Si une personne m’oblige à taper quelqu’un sinon lui me tape, ce n’est pas ma faute, non ? »
« Si une personne te demande de faire quelque chose de mal, comme taper une personne ou voler quelque
chose, tu peux lui dire non ou aller voir un adulte. Il y a toujours un adulte près de vous pour vous aider. Si tu fais cette bêtise, tu seras puni pour ça et celui qui t’a obligé sera puni aussi
mais vous le serez tous les deux. »
Par Association des Juristes Berbères de France
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Publié dans : Interventions en milieu scolaire
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